Jason Wharton s’est donné cinq ans pour relancer cette marque automobile britannique emblématique.
Un héritage mouvementé
Peu de marques automobiles ont connu une disparition aussi douloureuse et publique que Bristol. Son agonie, étalée sur des décennies, a été d’autant plus cruelle que la marque a toujours bénéficié d’un cercle de passionnés parmi les plus fervents et exigeants. Ces puristes, intransigeants dans leur amour pour Bristol, ont vécu avec frustration les différentes tentatives avortées de renaissance.
Après la période sous-estimée de Toby Silverton, qui permit à Tony Crook de maintenir la société à flot entre 1997 et 2011 avant de voir Bristol sombrer dans l’administration judiciaire, ce fut au tour du groupe Kamcorp de tenter sa chance. Mais après une décennie de projets sans lendemain, cette dernière tentative s’est brutalement éteinte en mars 2020.
Un nouvel espoir
C’est là qu’intervient Jason Wharton. Agent immobilier de formation, passionné de voitures de luxe depuis son plus jeune âge grâce à son père, il possède lui-même plusieurs modèles à moteur V8 de Bristol. Avant même la faillite de Kamcorp, il tente en 2019 de racheter la propriété intellectuelle de la marque. Après un bras de fer médiatisé avec le liquidateur en 2020, il comprend que la seule voie possible est de repartir de zéro en déposant de nouveaux brevets et marques. « Un véritable champ de mines », admet-il.
Son initiative ne rencontre aucune opposition juridique, et avec les anciens droits de Kamcorp expirés, il dispose de cinq ans pour faire revivre Bristol. « Mais cela ne signifie pas forcément qu’il faille concevoir un tout nouveau modèle ! » précise-t-il. Sa priorité immédiate est d’accroître la visibilité de la marque. Une boutique-atelier doit ouvrir près de Filton cette année, suivie par un showroom à Londres et, à terme, une usine à Bristol.
Deux projets en préparation
Les amateurs de la marque peuvent déjà se réjouir : deux modèles sont en développement. Le premier est une réinterprétation modernisée d’un Bristol classique à moteur V8, produit en série limitée et dont la révélation est prévue cet été. Les premières livraisons sont attendues pour 2026. Mais le projet le plus ambitieux reste une véritable renaissance : à l’occasion du 80e anniversaire de la Bristol 400 en 2026, Wharton envisage la production de « plusieurs centaines d’exemplaires par an » d’une nouvelle interprétation d’un modèle emblématique, reposant sur une toute nouvelle plateforme.
« Après toutes les difficultés rencontrées jusqu’ici, cela peut sembler ambitieux. Mais notre priorité est de relancer la marque, de lui redonner une visibilité et de proposer des automobiles de luxe à la hauteur de l’héritage britannique de Bristol », affirme Wharton.
L’histoire de Bristol a toujours été mouvementée, marquée par des personnalités fortes et des décisions audacieuses. L’arrivée de Jason Wharton s’inscrit dans cette lignée. Avec sa ténacité et sa vision, il pourrait bien redonner à Bristol le prestige qu’elle mérite.
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